Entretien avec Frédéric Encel
octobre 26, 2011 par bruneauressler

Frederic Encel, maître de conférences en géopolitique à l’Institut Français de Géopolitique et à Sciences Po Paris, professeur de relations internationales à l’ESG-Paris et consultant en risques-pays travaille sur la géopolitique du Moyen Orient et plus spécifiquement sur celle d’Israël. Son dernier ouvrage paru en 2011 aux Points Seuil Essai s’intitule Comprendre la géopolitique. Un autre ouvrage, co-écrit avec François Thual et intitulé Géopolitique d’Israël est paru à la même date et chez le même éditeur.
Il est également possible de voir la bibliographie complète de Frédéric Encel sur le site : http://www.fredericencel.org
1) Quel est votre parcours et comment en êtes vous venu à prendre Israël comme objet d’étude ? Sur quoi portent vos recherches actuellement ?
Lettres sup, Sciences-Po, DEA, doctorat et HDR de géopolitique avec Yves Lacoste. Mais c’est la géopolitique, l’histoire militaire, les relations internationales qui me passionnent, davantage qu’une région en particulier. Cela dit le proche-orient et Israël constituent de très bons terrains lorsqu’on entretient ces passions…
2) En quoi l’approche géopolitique est elle capable d’apporter un regard et des clés de compréhension sur le monde ?
C’est une méthode d’analyse efficace pour mieux comprendre les conflits. à condition bien entendu qu’on lui confère une véritable épaisseur, une cohérence intellectuelle. à cet égard, je crois – en fidèle disciple – que la démarche “lacostienne”, avec notamment la méthode des représentations, est à la fois novatrice et très utile. La prise en compte rationnelle des rapports de force ou encore l’étude primordiale des caractéristiques géographiques participent aussi de cette discipline renaissante.
3) Quelle place tient la géopolitique dans le champ des sciences sociales françaises ?
Secondaire hélas. Dans les commissions spécialistes comme au CNRS, elle n’existe tout simplement pas. Comment s’en étonner puisqu’en France – a contrario de ce qui se passe chez tous nos voisins et au-delà – même la discipline relations internationales n’est que très difficilement admise comme telle ! Sans doute la grande concentration jacobine et républicaine des affaires étrangères (avec la prépondérance du quai d’orsay) explique-t-elle pour partie ce phénomène.
4) Quels sont les particularités du conflit israélo-palestinien soulignées par l’approche géopolitique ?
Exiguïté et proximité de frontières multiples, interpénétration de populations antagonistes, instrumentalisation excessive du religieux au profit du politique, et surtout puissance de fortes représentations ancrées sur des “temps longs braudéliens”… ces particularités existent ailleurs, mais au Proche-Orient elles me semblent exacerbées.
5) Quelle place tient l’approche théorique militaire dans vos recherches ?
Assez faible car le conflit israélo-palestinien ne relève pas de la chose militaire. Si la dimension inter-étatique de la rivalité israélo-arabe devait prévaloir à nouveau – avec le retour aux confits classiques des Six-Jours ou du Kippour – je travaillerais sans doute davantage les tactiques et stratégies liées aux territoires (Sinaï, Golan, Liban, etc.). seule possibilité un peu nouvelle de travailler sur ces aspects ; une éventuelle confrontation avec l’Iran. mais dans ce cas la question dépassera très largement l’état juif…
6) Quelle place tient la géopolitique dans l’enseignement à science-po ?
A ma connaissance, je suis le seul maître de conférences de sciences-po à avoir intitulé l’un de ses enseignements “géopolitique de…”. à vérifier tout de même. Mais des cours de questions internationales sont dispensés sous différentes appellations.
7) Comment voyez- vous votre rôle de chercheur et de citoyen ?
Comme relativement imbriqué. Je ne conçois pas de distinguer de façon absolue mes convictions citoyennes – attachement aux droits de l’homme et à l’égalité de la femme, par exemple – et mes recherches géopolitiques. dans mon modeste traité (
comprendre la géopolitique, seuil, 2011), j’en appelle ainsi à une troisième voie géopolitique, entre celle du cynisme et celle de l’angélisme.
Tout chercheur qu’on est, on demeure porteur de représentations et de convictions ; au fond, ce qui importe est moins l’inatteignable et fantasmé objectivité que l’honnêteté intellectuelle. Tel est mon credo.
Bibliographie proposée par M. Encel
Julien Gracq, Le rivage des syrtes, Jose Corti, 1989, 321 p. Pour les représentations (entre autre !)
Dino Buzzati, Le désert des tartares, 1940, trad. fr. 1949. Pour les notions d’espace et de temps.
Rachid Mimouni, Une peine à vivre, 1983. Pour comprendre notamment – mais pas seulement – qui était Kadhafi.
En termes de géopolitique, il va de soi que Sun Tsé, Clausewitz et à l’évidence le préambule du Dictionnaire géopolitique d’Yves Lacoste sont difficilement contournables. et tant d’autres !
Sur Israël enfin, suivez mon regard…