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Archive for the ‘Compte rendu de …’ Category


 

 

 

 

Les meilleurs ennemis. Une histoire des relations entre les Etats Unis et le Moyen-Orient. Première partie 1783-1953. Editions Futuropolis, récit de Jean-Pierre Filiu et David B. et dessins de David B., 2011, 116 p.

Bande dessinée en noir et blanc.

La bande dessinée s’ouvre sur un parallèle osé entre la célèbre épopée de Gilgamesh et l’invasion américaine de l’Irak en 2003. L’histoire évolue ensuite vers un récit événementiel dont on peut déceler deux axes.

Le premier axe concerne la piraterie arabe en Méditerranée permet de découvrir un pan assez méconnu de la rapide implication des Etats Unis sur la partie méridionale de la Méditerranée dès la fin du XVIIIème siècle. La décision du Président Jefferson en 1801 de cesser de payer un tribut aux pirates barbaresques pour le passage des navires de commerce américains en Méditerranée, déclenche une guerre avec le pacha de Tripoli Yusûf Karamanli. Le blocus du port de Tripoli par la marine de guerre américaine ne suffisant pas pour obtenir la reddition du pacha, une armée est envoyée par voie terrestre en 1803 combattre les troupes de Karamanli. Cette intervention terrestre américaine sur le continent africain constitue une première dans l’histoire des Etats-Unis. Une paix est finalement signée entre les deux partis, mais ne mettant nullement fin à la présence des pirates en Méditerranée. L’intervention française sur Alger en 1830 permettra d’y mettre fin pour une grande partie.

Le deuxième axe de la bande dessinée concerne les relations internationales prenant le relai des affrontements. En 1902, l’officier américain Alfred Mahan invente le terme de « moyen Orient » en émettant l’hypothèse qui celui qui contrôlerait cet espace, contrôlerait le monde. C’est durant la Seconde Guerre mondiale que les américains réaffirment leur présence au Moyen Orient, de manière non violente, attirés par le pétrole de l’Arabie Saoudite et dirigée par Abdelaziz Ibn Saoud afin de soutenir l’effort de guerre. Le roi d’Arabie Saoudite donne son accord pour la construction d’une base américaine sur son territoire à Dahrran permettant la sécurité stratégique du royaume saoudien en échange de la sécurité énergétique américaine.

La dernière partie de l’ouvrage évoque l’Iran. Le nouveau premier ministre élu en 1951, Mohamad Mossadegh souhaite nationaliser l’AIOC (Anglo-iranian Oil Company) détenu par l’Angleterre. Les Etats-Unis ayant des intérêts sur place, s’allient à l’Angleterre afin d’évincer le Premier Ministre. Kermit Roosevelt, cousin du défunt président des Etats-Unis, devient le cerveau de l’organisation de ce coup d’Etat. Lui et le Shah d’Iran se rencontrent plusieurs fois de manière secrète et aboutissent à la signature des édits de destitution de Mossadegh lors de  « l’opération  Ajax ». Des manifestations sont organisées en sous-main par les Etats-Unis amenant le chaos dans le pays. Tentant de fuir, Mossadegh est capturé et traduit en cour martiale. Sorti de prison en 1956, il est mis en résidence surveillée et meurt en 1967. Peu à peu, la Grande Bretagne est écartée de la région, « dont la traduction est le coup d’arrêt donné par Eisenhower en 1956 à l’offensive des Anglais, Français, Israéliens en Egypte » signant le début de la domination américaine au Moyen Orient.

Cette BD est intéressante pour comprendre l’ancienneté des relations entre les Etats Unis et le Moyen Orient. Un ouvrage lançant de nombreuses pistes. Le biais factuel choisi présente l’avantage de brosser un panorama assez complet des enjeux régionaux, mais trouve sa limite dans une approche trop centrée sur les angles commerciaux et énergétiques.

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Emmanuel Laurentin, dont la voix anime l’émission La fabrique de l’histoire sur France Culture tous les matins de la semaine à 9h05, fait le constat d’un âge d’or révolu de la discipline historique. Cette nostalgie est le fruit de la concurrence que subit l’histoire au sein des sciences sociales dans sa dimension explicative et d’un intérêt moindre par le grand public. Il a donc eu l’idée lumineuse de poser la question suivante à une quarantaine d’historiens : A quoi sert l’Histoire aujourd’hui ? paru pour les dix ans de l’émission radiophonique en 2010.

Nous avons pris la liberté de choisir un éventail de sept entretiens qui nous ont paru les plus pertinents pour suivre de près la problématique qui sous-tend le travail de ce blog :

Jacques le Goff dote l’histoire d’une utilité. Elle ne saurait se réduire à l’accumulation de connaissances du passé. « L’Histoire doit être un tremplin » dans le sens où l’interrogation du passé doit nourrir une réflexion présente dans le but d’améliorer les dysfonctionnements. Jacques le Goff prend alors l’exemple de l’Europe à unifier. Les Français peuvent devenir de bons européens en s’appuyant sur l’Histoire.

Jean-Luc Mayaud déplace les temporalités. L’utilité de l’historien serait de faire prendre conscience aux citoyens que « la valeur des choses s’apprécie surtout dans leur incidence sur le devenir et dans la responsabilité historique qu’elles impliquent » et non dans l’instantanéité caractérisant notre Monde actuel.

Sophie Coeuré insiste sur la dimension distrayante de l’histoire en évoquant les manières de penser et d’agir des hommes et des femmes du passé. Cependant cela ne doit pas exclure la dimension critique dont la discipline s’est dotée depuis la fin du XIX e siècle. Mais l’histoire peut voir ses praticiens s’ériger en moralistes ou en justiciers dans un excès de réflexion critique sur l’instrumentalisation de la discipline.

Isabelle Heullant-Donat retrace l’origine du mot « Histoire ». Elle est au commencement une muse, Clio, fille de Zeus et de Mnémosyne (la « Mémoire), et comme telle, elle est destinée à être chantée et louée. Ensuite, Hérodote la définit comme une « enquête » qui peu à peu distingue la fiction nourrissant la fable, du fait nourrissant l’histoire. Cependant, les historiens contemporains sont bien au fait que l’histoire ne représente pas la science de la vérité. « L’histoire d’aujourd’hui est peut être moins utile que nécessaire au sens où il est nécessaire de respirer pour vivre ».

Pascal Ory compare l’utilité de l’histoire à celle des autres sciences sociales. La sociologie de Bourdieu offre une compréhension claire des rapports de domination qui sous-tendent notre société actuelle tandis que l’anthropologie ré enchante une société en quête d’identité.  Et l’histoire ? L’histoire d’hier a servi, « autant dire qu’elle a fait de la politique ». L’Histoire actuelle « satisfait un besoin individuel », un besoin de récit particulier agissant comme placebo pour soigner  les individus qui « parfois finissent par faire corps, par faire peuple, nation, humanité ».L’historien donne un sens au temps. « L’histoire n’a aucune vertu collective mais peut avoir d’excellents effets individuels ».

Arlette Farge soutient que l’histoire est constitutive de l’être humain. « Elle nous rassemble et elle nous ressemble ». L’histoire est intempestive et ne peut être réduite à des schémas explicatifs de linéarité et sa connaissance sert à expliquer le présent et l’avenir. L’historien doit organiser « une rencontre effective avec les consciences, les sentiments, les instincts, l’amour » pour repérer les lacunes dons les racines ont mené aux détresses et aux inquiétudes du temps présent. « Passeur, l’historien aime la vie ».

Claude Gauvard estime que l’Histoire et le métier d’historien donnent « à voir  son objet, l’Homme […] c’est-à-dire l’Autre, celui qui est nécessairement différent ». L’historien doit alors assumer la fonction de « passeur » entre cet Autre et le temps présent de l’interprétation. « L’histoire sert à supporter l’Autre » qui est radicalement différent et ainsi la tolérance émerge. « L’histoire est donc une science nécessaire […] par la démarche intellectuelle qu’elle commande, source de notre civilisation des mœurs ».

Ces témoignages d’historiens professionnels ont été rassemblés dans le but d’illustrer ce que représente pour nous l’histoire. Elle est ce qui fait sens. En effet, l’essence humaine est le produit du discours que tient l’humanité sur elle-même. En ce sens, l’homme raconte l’homme et son propre récit permet de donner sens à sa vie. La nécessité de l’Histoire apparaît alors clairement  comme le soubassement indispensable de l’existence humaine. L’histoire n’est que la fabrication par le discours de phénomènes réels ressortis de la masse opaque des faits humains dans la passé.

L’opération historique porte en elle-même un sens car les questionnements de l’historien sont rattachés au présent duquel il ne peut s’émanciper. Ses schémas de pensées  sont façonnés par le temps présent. Ce n’est pas à l’histoire d’être utile mais bien à l’historien, qui par son travail historique, éclaire les dysfonctionnements actuels.

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L’approche en « dix leçons » proposée par Filiu se veut le regard d’un historien cherchant à poser sur les bouleversements régionaux du monde arabe une analyse dont la profondeur évite les opinions trop rapides et réductrices que l’on peut se faire dans tout suivi à distance d’une actualité brulante. Comme il l’exprime dans son introduction, « un historien pourrait juger plus sage d’attendre la stabilisation de la nouvelle donne avant de s’aventurer à l’analyser ou à l’interpréter ». Mais pourtant, un éventail s’est ouvert, laissant échapper des volutes « d’expériences et de données » qui dévoilaient dans leur immédiateté un ensemble de transformations régionales et internationales héritées notamment du 11 septembre 2001 et qui se devaient d’être transmises.

Une véritable union arabe ne fut réalisée qu’aux premiers temps de l’Islam

Y a-t-il un Autre arabe, Oriental ? A cette question, l’auteur cherche à briser une représentation occidentale voyant un monde arabe unifié, lascif, et subissant pour son plus grand bien la dictature d’un leader éclairé. Pourtant, une véritable union arabe ne fut réalisée qu’aux premiers temps de l’Islam, avec l’extension du Djihad. La tentative de la constitution de la Ligue Arabe en 1945 démontre bien l’échec de la tentative d’unification : les rivalités entre Etats-nations ont pris le pas sur une pseudo identité collective, tout en étant complètement connecté aux rivalités de pouvoir à des échelles plus vastes. L’allégeance de l’Egypte à l’URSS et celle de l’Arabie Saoudite aux USA, le traité de paix Egypte-Israël de 1979 sont autant d’exemples de la primauté des intérêts nationaux.

Le début des années 90 marque la chute de l’URSS, avec comme conséquences de nombreux bouleversements chez ses anciens alliés. La première de ces conséquences est l’aspiration démocratique. Des élections libres avec instauration du multipartisme sont organisées en Algérie. Mais, la victoire des islamistes du Front Islamique du Salut conduisit à la contestation du scrutin, et à l’intervention de l’armée, craignant une dérive islamiste et autoritaire du pays. La guerre civile qui s’ensuivit fit plusieurs milliers de morts. En Jordanie, des élections libres furent organisés en 1989 grâce à la pression des chefs tribaux dans le sud du pays. Encore une fois, la peur islamiste amena à l’exclusion des Frères Musulmans de la scène politique du pays. Dernier exemple, en Irak. De grands soulèvements populaires eurent lieux, dans les provinces chiites du sud et dans celles kurdes du nord en 1991. Celles-furent violement réprimés par Saddam Hussein, sans aucune réaction des troupes américaines pourtant présentes (on est au lendemain de la guerre du Golfe). Le président Bush déclara qu’une déstabilisation de l’Irak par des mouvements chiites n’aurait un intérêt que pour l’Iran, et ses avatars islamistes. Mieux valait la répression du mouvement populaire qu’un bouleversement politique d’un pays qui se serait forcément tourné vers l’islamisme radical. Un statu quo régional se met en place au sortir des années 90 qui n’est pas issu d’une approbation passive par les populations arabes, mais qui est plutôt la résultante de la prise du pouvoir par des groupes politiques et militaires avec l’aval des puissances occidentales, et qui ont pu écraser les soulèvements populaires et asseoir leur domination interne sous le prétexte de la lutte contre l’islamisme.

Un soulèvement exceptionnel dans sa rapidité

Le soulèvement tunisien de décembre-janvier 2011 n’est pas un phénomène nouveau, mais plutôt le résultat d’une longue lutte de refus des dictatures. La géographie du soulèvement tunisien, du sud du pays aux populations pauvres mais hostiles au pouvoir vers les côtes et ses classes moyennes, exprime bien l’idée que la révolution ne part pas d’un lieu au hasard, n’est pas un fait exceptionnel. Ce qu’exprime par contre Filiu, c’est que c’est la rapidité du soulèvement qui est exceptionnel.

S’il est un signe fort dans ces soulèvements, signe que l’on retrouve moins aujourd’hui alors que l’on est rentré dans la phase politique proprement dite, c’est l’absence de références à la religion. L’objectif des révolutions est clairement de se libérer d’une clique corrompue et de retrouver le contrôle de la destinée de la nation. Il est intéressant de noter que les critiques contre les mouvements proviennent surtout de la bureaucratie religieuse des régimes, qui brandissent l’Islam comme Loi à laquelle doivent se plier les manifestants. Leur grande crainte est en effet leur perte d’influence et de pouvoir sur la population au travers un mouvement qui leur échappe. Et cette aspiration à l’émancipation est principalement le fait des chebab, les jeunes, à la pointe des manifestations que ce soit en Egypte, en Syrie, en Tunisie, au Yemen. Un contexte démographique tout d’abord : 60% de la population des pays arabes à moins de 25 ans. Ces jeunes subissent un chômage massif malgré une éducation souvent meilleure que celle de leurs ainés, et subissent la violence de la police et de l’ordre étatique. Filiu exprime l’idée qu’à une « solidarité arabe qui bloque par le haut », celle-ci grandit par le bas, par ces jeunes, qui se retrouvent dans une langue arabe commune et dans l’appropriation de l’explosion des divertissements de masses et des réseaux sociaux. Dans leur contestation, des artistes se font le relais de ces jeunes, aux travers des hymnes qui permettent le développement d’un « mouvement transnational d’identification au mouvement arabe », comme l’a pu l’être la génération 68 à son époque. Pourtant, localement, l’action reste le principal moteur de la révolution. Internet ou les téléphones portables, qui permettent la communication, la mobilisation sont des éléments essentiels du sentiment collectif, mais ils ne sont que des nouveaux outils dans une boite à outils des révolutions. La clé reste l’organisation, dont la spécificité de ce printemps semble être la dynamique acéphale.

Comment surmonter l’hétérogénéité du mouvement ?

Deux piliers participaient au maintien des régimes arabes. Le premier était l’Etat au service des dirigeants, et le poids énorme du Parti dans les domaines du pouvoir, de l’économie, de la société. Le second pilier est l’importance des services de sécurité, agressifs, omniprésents, et intouchables. A ces deux piliers, la révolution a su opposer un modèle pacifique, cherchant à mettre en place des comités de transition hors des rivalités politiques. L’absence de leader a été une condition de survie pour les activistes. De réelles stratégies de réseautage de militants, de planification des lieux de grèves, de dispersion a été mis en place, révélant une habilité tactique réelle des militants permettant le succès du 25 janvier, du 06 avril, … . La brochure de Gene Sharp, « De la dictature à la démocratie », écrite initialement pour accompagner la contestation contre Suharto en Indonésie, semble avoir eu un réel écho chez les militants. De ces stratégies, une typologie des mouvements suivant les pays peut ressortir. En Tunisie, le mouvement part de la périphérie vers le centre, avec des chefs lieux de province gagnés tour à tour par la violence, bien avant la capitale. En Egypte, le mouvement part de l’occupation du cœur de la capitale, la place Tarhir, avec une extension des troubles au reste du pays. Dans chacun des pays concernés, il est nécessaire d’observer les acteurs qui émergent des contestations. Ceux-ci sont en effet différents selon les pays. A l’importance du syndicat des travailleurs, l’UGTT, en Tunisie, se sont plutôt les chefs de tribus en Jordanie qui sont à la base de la contestation et qui font plier le roi Abdallah II, plutôt que les partis d’opposition ou les syndicats. De la même manière en Libye, le rôle important des tribus Warfalla et Zuwaya dans l’insurrection. A l’absence de leader favorable aux premiers soulèvements, l’exemple libyen illustre pourtant bien la faiblesse de ces mouvements hétérogènes en cas d’insurrection armée. La violence et la cohérence d’une puissance de feu peut entrainer la défaillance de l’esprit pluraliste de la résistance. Et c’est là toute l’ambigüité des révolutionnaires : la crainte de la perte de l’âme du soulèvement par la militarisation. Ambigüité sur laquelle les dictateurs ont longtemps réussi à jouer : semer le chaos pour réimposer l’ordre et se poser comme uniques barrages aux dérives radicales. A cet ordre immuable, la démocratie apparaît comme la seule alternative. A condition qu’on lui laisse la marge suffisante d’exercice de sa souveraineté.

Et c’est là qu’apparaît la question de la religion : quelle place pour l’Islam politique dans la démocratie ? Derrière cette question, apparaît l’enjeu que représentent les Frères Musulmans dans l’espace politique arabe. Confrérie fondé en Egypte en 1928 par Hassan al-Banna, l’ambition initiale était la formation d’un mouvement de masse et non plus élitiste visant à une régénération spirituelle et à une lutte anticoloniale. Un mouvement d’islamisme moderniste qui fut très largement marginalisé et montré comme une menace jusqu’aux révolutions de 2011. Le caractère très spontané de ces mouvements pris de court les Frères, tout comme son hétérogénéité : des querelles internes entre les jeunes en colère et les tenants du salafisme, soumis à la bureaucratie religieuse, divisent la confrérie.

Les élections qui se mettent en place seront elles la continuité de cette Nahda du XXIème siècle ?

Al-Qaïda, la question palestinienne, la place de la religion, les enjeux sociaux à l’origine des révolutions, sont tant de problématiques participants à la multitude de bouleversements induits par le « printemps arabe ». Les élections qui se mettent en place seront elles la continuité de cette Nahda du XXIème siècle ? En tout cas, des tendances, que l’on dit souvent lourdes, sont perceptibles : l’importance des frontières nationales comme cadre de référence des révolutionnaires, ou la remise en cause des chimères géopolitiques associées au monde arabe (le mythe du croissant chiite). En titrant la révolution arabe au singulier, Jean-Pierre Filiu cherche à exprimer l’idée d’un mouvement global de contestation, fondamentalement moderniste, comme l’avait connu la région à la fin du XIXème siècle. Et si les défis politiques sont immenses, les défis de la réalité le sont d’autant plus. Alors que les inquiétudes se portent sur la place de la religion dans ces futures démocraties, il ne faut pas oublier que ce sont des problématiques sociales et économiques qui ont conduit aux soulèvements populaires. Les stratégies politiques de chacun, stratégies de l’armée, des classes moyennes, des anciens cadres du parti du dictateur, des tribus, se trouvent réorganisés par les soulèvements et leurs conséquences. Il sera maintenant nécessaire de voir de quelle manière les aspirations sociales trouveront des échos concrets dans l‘espace politique.

(Possibilité d’obtenir cet article au format PDF en envoyant votre demande par mail à : lerecitconcordant@gmail.com)

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Avec Henry Laurens et Hamit Bozarslan, animé par Emmanuel Laurentin

Henry Laurens est professeur au Collège de France  tenant la chaire « d’Histoire contemporaine du monde arabe » depuis 2003. Son dernier ouvrage est sorti en 2011 et s’intitule La Question de Palestine, tome 4: Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982).

Hamit Bozerslan est directeur d’études à l’Ehess et travaille sur la Turquie contemporaine. Son dernier ouvrage, paru en 2011 coécrit avec  gilles Bataillon et Christophe Jaffrelot, s’intitule Passions révolutionnaires : Amérique latine, Moyen-Orient, Inde.

Emmanuel Laurentin anime sur France Culture, La fabrique de l’Histoire, du Lundi au Vendredi de 9h05 à 10h. Il a également dirigé, pour les dix ans de son émission l’ouvrage intitulé A quoi sert l’histoire aujourd’hui ? paru en 2010 et dans lequel cette question est posée à une quarantaine d’historiens.

 

Emmanuel Laurentin débute le débat en posant la question de savoir s’il existe un hiatus entre la connaissance qu’ont les intervenants des révolutions arabes et ce qui en a été rapporté par les médias.

Henry Laurens estime que la notion de révolution revêt beaucoup de sens et notamment celui du changement du pouvoir. Or, dans la culture musulmane sunnite, qui s’avère être celle la mieux connue de l’Occident, le pouvoir est un régulateur de la loi islamique. En ce sens, une révolution est légitime lorsqu’il s’agit de renverser un pouvoir qui ne respecte pas cette loi. En l’occurrence, pour ces révolutions de 2011, il s’agit de mettre un terme au bafouage de la dignité des personnes par un pouvoir injuste. A ce titre, il ne s’agit pas du même monde de pensée que celui des Lumières européennes pour qui la légitimité de la Révolution venait de l’aspiration aux libertés plus que de la justice. Et en effet, la révolution avait le monopole de l’Occident au XIXe siècle tandis qu’au XXe siècle, la notion de révolution se mondialise (1905 la révolution Persane ; 1908 la révolution des Jeunes Turcs ; 1911 la révolution chinoise).

Hamit Bozerslan se situe sur un temps plus court allant de 1979 à 2011 durant lequel des cycles historiques naissent en Orient avec comme point de départ la Révolution Iranienne de 1979. Après chaque fin de cycle, des attentes démocratiques émergent. En 1989 après la fin de la guerre Iran/Irak et celle d’Afghanistan et à la veille du 11 Septembre 2001, la démocratie était attendue. Le modèle des vieilles aristocraties ne pouvait plus créer de légitimité et négligeait l’armée qui attirait les populations défavorisées à l’exemple de Nasser. La contestation des années cinquante était l’apanage de la gauche dont étaient composées l’armée et la sphère intellectuelle dominante de l’époque. Cependant la Révolution de 1979 a changé le modèle révolutionnaire. En effet, à cette date, les accords du Camp David mettent fin au socialisme de type nassérien et la révolution iranienne fait émerger un nouveau temps eschatologique et ouvre un horizon de délivrance. Les intellectuels de gauche ont alors gardé le silence pour ne reprendre la parole qu’à l’aube des années 2000.

Henry Laurens poursuit en précisant que les révolutions actuelles se font à l’opposé des anciennes. On assiste au refus de l’émergence de personnalités fortes et on insiste davantage sur le débat tout en refusant l’unanimisme qui a caractérisé les révolutions précédentes. Il y a également eu, durant un temps, abstraction faite d’Israël et le fait que le drapeau des Etats-Unis n’ait pas été brûlé. Les révolutions de 2011 furent nationales mais non anti-impérialistes comme avant.

La remise en perspective d’un temps long de la poussée révolutionnaire durant le XXe siècle dans les pays arabes est le principal atout de ce débat. Néanmoins, il est dommage que les spécificités nationales n’aient pas été évoquées. En ce sens, il est plus honnête de parler « des révolutions arabes » que de «  la révolution arabe »

 

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D’où vient la fascination qu’exerce l’Extrême-Orient sur l’Occident ? De ce que nombre sont persuadés que c’est là que se joue l’avenir du monde, mais plus encore de ce que la notion même est une invention européenne. Répandue au commencement du XXe siècle, elle recouvre doublement une extrémité physique de l’Orient mais aussi la quintessence même de celui-ci, son aboutissement au sens propre comme au sens figuré.
Or cet Orient est indissociable de l’Occident. Celui-ci, en effet, vient perturber le monde sinisé, particulièrement au XIXe siècle. Jusque-là, la Chine et ses pays voisins se passaient parfaitement de l’Europe et de l’Amérique, sans mimétisme ni quête de modernisation. Confrontés à un rapport de force, ils doivent s’adapter à la nouvelle donne, imposée de l’extérieur mais qui trouve aussi ses relais à l’intérieur, dans les sociétés locales. La réponse différenciée des sociétés d’Asie orientale face à la perturbation occidentale aggrave le déséquilibre, creuse un décalage entre les divers pays asiatiques. Ainsi, le Japon réagit plus vite, et plus brutalement, que ses voisins, imposant à son tour sa domination et son exploitation, en prenant exemple sur la démarche coloniale de l’Occident. On en voit encore les traces et les conséquences dans toute la région.
En partant de l’Extrême-Orient, l’analyse renvoie donc à la question d’ordre plus général de définition des grands ensembles du type Orient et Occident, de leur nature – géographique, culturelle, politique? Réelle ou métaphorique? – et de leurs limites.

Philippe Pelletier, docteur en géographie, diplômé en langue et civilisation japonaises, est professeur à l’Université Lumière Lyon 2 et membre de l’UMR 5600 Environnement, Ville, Société. Il a notamment publié La Japonésie (1997), Le Japon, géographie, géopolitique et géohistoire (2007), Japon, idées reçues (2e édition, 2008) et L’Atlas du Japon (2008).

Paris, Gallimard, 2011. 867 pages, 11,1 x 17,8 cm, broché.

(Commentaire récupéré sur « Librairie La Géographie », http://www.librairie-la-geographie.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=8574&type=29&code_lg=lg_fr&num=181&dispProduct=1)

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