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Archive for the ‘Conférences’ Category

Avec Henry Laurens et Hamit Bozarslan, animé par Emmanuel Laurentin

Henry Laurens est professeur au Collège de France  tenant la chaire « d’Histoire contemporaine du monde arabe » depuis 2003. Son dernier ouvrage est sorti en 2011 et s’intitule La Question de Palestine, tome 4: Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982).

Hamit Bozerslan est directeur d’études à l’Ehess et travaille sur la Turquie contemporaine. Son dernier ouvrage, paru en 2011 coécrit avec  gilles Bataillon et Christophe Jaffrelot, s’intitule Passions révolutionnaires : Amérique latine, Moyen-Orient, Inde.

Emmanuel Laurentin anime sur France Culture, La fabrique de l’Histoire, du Lundi au Vendredi de 9h05 à 10h. Il a également dirigé, pour les dix ans de son émission l’ouvrage intitulé A quoi sert l’histoire aujourd’hui ? paru en 2010 et dans lequel cette question est posée à une quarantaine d’historiens.

 

Emmanuel Laurentin débute le débat en posant la question de savoir s’il existe un hiatus entre la connaissance qu’ont les intervenants des révolutions arabes et ce qui en a été rapporté par les médias.

Henry Laurens estime que la notion de révolution revêt beaucoup de sens et notamment celui du changement du pouvoir. Or, dans la culture musulmane sunnite, qui s’avère être celle la mieux connue de l’Occident, le pouvoir est un régulateur de la loi islamique. En ce sens, une révolution est légitime lorsqu’il s’agit de renverser un pouvoir qui ne respecte pas cette loi. En l’occurrence, pour ces révolutions de 2011, il s’agit de mettre un terme au bafouage de la dignité des personnes par un pouvoir injuste. A ce titre, il ne s’agit pas du même monde de pensée que celui des Lumières européennes pour qui la légitimité de la Révolution venait de l’aspiration aux libertés plus que de la justice. Et en effet, la révolution avait le monopole de l’Occident au XIXe siècle tandis qu’au XXe siècle, la notion de révolution se mondialise (1905 la révolution Persane ; 1908 la révolution des Jeunes Turcs ; 1911 la révolution chinoise).

Hamit Bozerslan se situe sur un temps plus court allant de 1979 à 2011 durant lequel des cycles historiques naissent en Orient avec comme point de départ la Révolution Iranienne de 1979. Après chaque fin de cycle, des attentes démocratiques émergent. En 1989 après la fin de la guerre Iran/Irak et celle d’Afghanistan et à la veille du 11 Septembre 2001, la démocratie était attendue. Le modèle des vieilles aristocraties ne pouvait plus créer de légitimité et négligeait l’armée qui attirait les populations défavorisées à l’exemple de Nasser. La contestation des années cinquante était l’apanage de la gauche dont étaient composées l’armée et la sphère intellectuelle dominante de l’époque. Cependant la Révolution de 1979 a changé le modèle révolutionnaire. En effet, à cette date, les accords du Camp David mettent fin au socialisme de type nassérien et la révolution iranienne fait émerger un nouveau temps eschatologique et ouvre un horizon de délivrance. Les intellectuels de gauche ont alors gardé le silence pour ne reprendre la parole qu’à l’aube des années 2000.

Henry Laurens poursuit en précisant que les révolutions actuelles se font à l’opposé des anciennes. On assiste au refus de l’émergence de personnalités fortes et on insiste davantage sur le débat tout en refusant l’unanimisme qui a caractérisé les révolutions précédentes. Il y a également eu, durant un temps, abstraction faite d’Israël et le fait que le drapeau des Etats-Unis n’ait pas été brûlé. Les révolutions de 2011 furent nationales mais non anti-impérialistes comme avant.

La remise en perspective d’un temps long de la poussée révolutionnaire durant le XXe siècle dans les pays arabes est le principal atout de ce débat. Néanmoins, il est dommage que les spécificités nationales n’aient pas été évoquées. En ce sens, il est plus honnête de parler « des révolutions arabes » que de «  la révolution arabe »

 

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